Les services vocaux, porteurs des enjeux de la troisième révolution numérique.

Cela fait maintenant plus d’un an que les premiers assistants vocaux  domestiques (« Google Home » et « Alexa » d’Amazon) sont présents en France. Quelques acteurs français, assujettis aux GAFA, sont dans les starting-blocs pour proposer « leurs » offres, dont Orange. Les industriels B2C français développent et testent (presque) tous des « skills » vocales. Tout cela confirme que ces objets vont à court terme faire partie de notre quotidien à tous, à côté de nos ordinateurs, de nos tablettes et de nos téléphones. Alors que certains considèrent que la voix n’est qu’un nouveau moyen, plus simple, pour accéder aux services déjà offerts par les écrans, le projet HomeKeeper repose sur la conviction que les changements induits par la généralisation de l’usage de la voix vont changer en profondeur la façon dont nous interagissons avec tous ces services.

Il peut dès lors être intéressant d’énumérer les véritables enjeux de l’usage de ces assistants vocaux.

          Enjeu  1 :  un système d’exploitation propice à la création et la diffusion d’une gamme de services large et ouverte

A l’instar d’Android dans le monde du mobile, ou de Windows dans l’univers du PC, les système d’exploitation purement vocaux vont faire partie des systèmes d’exploitation dominants de l’Internet. Mais plus encore que pour les OS classiques, ces nouvelles plateformes se transforment déjà en écosystèmes relativement fermés afin de capter l’ensemble de la valeur produite par les échanges entre la machine et l’usager. Il est donc important de disposer d’un système ouvert qui ne soit pas au service d’une entreprise unique et qui, au contraire, puisse permettre à toute organisation de créer et rendre accessibles ses propres services pour des coûts faibles et en toute liberté.

         Enjeu 2 : des services adaptés et personnalisés

L’accès à ces services ne se fera plus simplement par de simples terminaux , mais par le croisement de  multiples équipements synchronisés (capteurs divers, écrans, calculateurs, etc.)  afin de fabriquer des scénarios et des cas d’usages hautement personnalisés, et cela en fonction des spécificités de chaque citoyen : c’est le concept de conciergerie universelle, pour tous les services qui peuvent être rendus à un usager via un assistant domestique intelligent.

         Enjeu 3 : des territoires souverains dans leur économie numérique

L’essentiel des technologies utilisées par les assistants vocaux sont actuellement proposées par des entreprises américaines et chinoises, avec des données hébergées sur leurs territoires et tombant ainsi sous le contrôle total de leur juridiction. C’est aujourd’hui une problématique forte pour l’acceptation des IA par les Français, et la participation des collectivités à leur développement.

Sans action spécifique, l’Europe risque de devenir le “tiers-monde” de cet univers numérique.  A la façon dont les pays les plus pauvres exportent à coûts tirés leurs matières premières qui sont transformées, et donc valorisées, dans les pays riches, nous fournissons nos données et nos services numériques à ces géants. Ils les transforment, y apportent la valeur ajoutée et nous les re-distribuent en ayant capté la valeur ajoutée. 

         Enjeu 4 : un modèle économique durablement rentable

Le modèle économique des assistants vocaux passe, pour la majorité d’entre eux, par la vente d’équipements bon marché. Leur objectif essentiel est la consolidation de leur modèle économique existant. Aujourd’hui, Amazon offre gratuitement des assistants à ses meilleurs clients.

Les stratégies et les modèles économiques d’acteurs comme Google et Amazon n’étant pas identiques, ces différences se répercutent dans les systèmes vocaux qu’ils poussent : alors que Google gagne de l’argent par la promotion des services (publicité), Amazon en gagne en tant que (pseudo) place de marché des services (gestion de la promotion, de la transaction et de la logistique) créés par les marques (Uber, Pizza Hut, Tide…)

Il est donc indispensable de développer de nouveaux modèles basés sur la rémunération directe des relations entre les services et la satisfaction de leurs utilisateurs. Seul un tel modèle direct peut éviter les dérives inhérentes aux démarches publicitaires et/ou monopolistiques.

Le projet collaboratif HomeKeeper dont Digital Airways est un partenaire très impliqué, entend participer à créer une réponse technique, économique et partenariale à l’ensemble de ces défis.

 

J’invite l’ensemble des acteurs des services vocaux…

La création d’applications vocales, et en particulier d’assistants vocaux, demande la mise en œuvre, parfois complexe, de nombreuses briques techniques ( ASR, NLU, NLP, TTS, applicatifs,… ). Et ceci qu’elles fonctionnent sur des terminaux spécifiques destinés au grand public ( Alexa d’Amazon, Google Home,…), sur des terminaux spécialisés (automobiles, systèmes domotiques,…) ou sur des terminaux mobiles ( smartphones, tablettes,…).

Des grands acteurs industriels américains (GAFAs) proposent des systèmes qui simplifient la création de telles applications en utilisant des systèmes favorisant leur propre stratégie industrielle. Toute entreprise qui développe et déploie des applications sur ces systèmes crée donc de la valeur au profit d’opérateurs qui sont ou seront leurs concurrents, voire leurs prédateurs. Les fournisseurs d’applications vocales, et en premier lieu les grandes entreprises françaises et européennes, souhaitent donc pouvoir développer et exploiter des services fonctionnant sur tout système, sans dépendre exclusivement de ceux proposés par les GAFAs.

Cela est possible car de nombreux acteurs (éditeurs logiciels, sociétés de services, laboratoires de recherche, développeurs indépendants, …) proposent des composants pouvant être assemblés pour créer des applications vocales parfaitement adaptables à la stratégie de chacun. Mais leur adoption nécessite de garantir que ces développements, sur lesquels vont rapidement reposer une part croissante de la stratégie de leurs promoteurs, vont bénéficier au moins de la même simplicité de développement, de la même fiabilité et de la même pérennité que les systèmes proposés par les GAFAs. Cette exigence est difficilement compatible avec la fragmentation des offres techniques et la disparité des acteurs à mobiliser.

J’invite l’ensemble de ces acteurs à se regrouper au sein d’un forum regroupant toute entreprise française productrice et utilisatrice de technologies vocales. Une communuaté qui favorise la création d’offres cohérentes, fiables, scalables et interopérables, tant au niveau technique que commercial.

Elle formalisera également le souhait de l’ensemble de ses membres que les applications vocales, prochain territoire de la révolution digitale, soient développées dans le respect des intérêts de leurs fournisseurs et de leurs utilisateurs, français et européens.

Souveraineté Industrielle et Donald Attitude : l’opportunité de la liberté ?

En relisant ce texte, je me rends compte du nombre impressionnant de points d’interrogations que j’y utilise. Ça doit vouloir dire un truc mais je ne sais pas quoi… J’espère qu’ils ne vont pas bientôt faire l’objet d’un quelconque embargo, sinon mon billet deviendra totalement illisible. A lire vite, donc…

J’ai longtemps cru que le concept de « souveraineté industrielle » était une ânerie, et puis il y a eu Donald.

Avant Donald, je pensais que les entreprises privées qui se partagent la planète, de JP Morgan à Samsung, en passant par Alibaba et Google, étaient suffisamment puissantes pour que leur business soit à l’abri de toute facétie d’un gouvernement « qui compte ». Etait-il même imaginable qu’un tel gouvernement se montre un jour facétieux ?

J’imaginais difficilement Bokassa au G7 (pour les plus jeunes, voir la vidéo). Même en Chine, les tentations sur-interventionnistes étaient bordées par la nécessité de ne pas fâcher le Client Occidental. Les positions délirantes étaient réservées à la dynastie Kim et à quelques dictateurs africains illuminés.

Dans un tel contexte, que pouvait signifier « souveraineté industrielle », sinon une tentative de vieux fonctionnaires et d’élus à leur botte de restaurer la puissance perdue de l’Etat sur les entreprises enfin affranchies ?

Pourquoi craindre, dans un tel monde, que mon ordinateur « Intel inside » « Powered by Windows » puisse un jour ne plus remplir sa fonction ? Même la présence des mouchards pouvait me rassurer : on ne mure pas une porte sur laquelle on vient de poser un judas.

Et Donald arriva

Et puis Donald arrive, avec l’idée bizarre d’honorer ses promesses électorales, comme le rétablissement de l’embargo sur l’Iran (à l’exception de l’« effet de surprise »).

Et hop ! J’apprends que cet embargo me retire le droit d’utiliser mon ordinateur pour écrire à mes clients Téhéranais ! Que mon téléphone ZTE n’est plus supporté par son fabricant, lui-même condamné à mort pour avoir vendu aux habitants de pays arbitrairement transformés en parias le même modèle de téléphone que celui qui chauffe dans ma poche à moi. Par une sorte d’effet papillon donc, la lointaine décision d’un gouvernement « facétieux » réduit du jour au lendemain l’espace de liberté de l’entrepreneur naïf que je suis.

Soit, je suis naïf. Mais cet événement en fait apparaître de bien plus naïfs que moi ! Moi, pendant que j’ironise, j’utilise quand même mon ordinateur pour faire du business avec l’Iran car je ne pense pas que Donald va prendre la peine de venir frapper à ma porte. Alors que d’autres, réputés bien plus prévoyants que moi, ne peuvent pas se permettre cette liberté.

Par exemple, M. PSA et M. Airbus, eux, tout férus de sécurité qu’ils sont, n’ont même pas pris la précaution d’assurer leur propre indépendance ! Oust ! Finies les 444 000 autos par an, finis les 46 A320, les 38 A330 et les 15 A350 pour Iran Air Tour et Zagros Airline (pour 18 milliards de $ au prix catalogue) [1].

Et tout ça parce que M. STElectronics, M. Thalès, M. Bosch et tous ces champions de stratégie industrielle n’ont pas jugé utile de développer les produits pouvant garantir la liberté de leurs clients. Mais aussi parce que lorsque ces produits existent, les acheteurs ont jugé plus pertinent (moins risqué !) de leur préférer des versions US.

Vous connaissez beaucoup d’entreprises françaises majeures qui ont préféré OVH à IBM, Google et Amazon pour héberger vos données ? Qui ont décidé d’utiliser /e/ sur les téléphones portables de leurs collaborateurs ? Qui ont choisi Qwant comme moteur de recherche installé par défaut sur leurs ordinateurs ? La liste est longue…

Certains objecteront que la technologie des serveurs et des routeurs d’OVH et de Qwant, comme celle des téléphones d’/e/, vient des Etats-Unis… et qu’on ne peut au mieux que repousser le risque. En effet, il n’existe pas de composants adaptés à ces usages et n’utilisant que des technologies européennes. Faut-il d’ailleurs que cette souveraineté soit Européenne ? ou plutôt Française ? Parce que le brexit Anglais et, peut-être demain Italien ou Grec, nous démontre que la territorialité est là aussi un facteur de sécurité bien précaire.

Votez pour les licences libres

Il existe pourtant une solution répondant de façon complète à ce besoin : les licences libres. En supprimant toute dépendance à des réglementations nationales sur la propriété intellectuelle, elles rendent les systèmes qui les utilisent insensibles aux facéties politiques.

Ce n’est pas une souveraineté nationale qui nous apportera la liberté nécessaire à notre développement économique, mais un rapport différent à la propriété intellectuelle.

A l’heure où Donald dessine une géographie économique et technologique bien différente du mondialisme béat auquel nous nous étions résignés, il appartient au tissu entrepreneurial d’utiliser cela comme une opportunité unique d’investir des domaines qu’on pensait saturés. Prenons conscience que concevoir des micro-processeurs n’est plus stupide mais indispensable, dès lors qu’ils mettent en œuvre des technologies libres. Et il en est de même des systèmes d’exploitation, des outils de manipulation de l’ADN [11], ou des solutions de stockage de l’énergie…

Merci Donald. Merci de créer les conditions propices à la réalisation de projets ambitieux, de nouvelles industries qui concurrenceront enfin les leaders actuels par la qualité de leur production, la pérennité de leur utilisation et la satisfaction de leurs clients.

Au moment où j’écris ces lignes me revient la phrase de Picabia : « La seule façon d’être suivi est de courir plus vite que les autres ». Je ne sais pas pourquoi…

[1] Iran Air va donc continuer à faire voler ses vieux A300, A310 et B747 avec des approvisionnements difficiles en pièces détachées. Espérons que les cercueils iraniens ne contiennent pas de technologie US. 
[2]